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Description de "Ultime Rencontre"

Cinquante-deux ans Elle sortait à peine de l'avion mais, déjà, elle avait oublié son voyage et le trajet depuis l'aéroport. À sa descente de voiture, un portier en uniforme et un individu vêtu d'un manteau sombre, qui passait la porte à tambour, composaient son public. L'homme au manteau sombre hésita, prit un moment pour ouvrir un parapluie qui aussitôt, en un seul mouvement fluide, se retourna. L'individu parut décontenancé puis, l'air résolument amusé – maintenant, c'était elle, son public –, il jeta l'inutile appendice dans une poubelle et se remit en route. Elle regretta que le portier prenne sa valise et, n'eussent été la feuille d'or ouvragée de l'auvent et le cuivre parfaitement astiqué de l'entrée, elle lui aurait sans doute dit que c'était inutile. Elle ne s'était pas attendue à ces hautes colonnes se dressant jusqu'à un plafond qu'elle ne pouvait voir distinctement sans cligner des yeux, ni à ce tapis rose déroulé entre elles et suffisamment long pour un couronnement. Sans prononcer un mot, le portier donna à un chasseur la valise – bien peu adaptée à ce faste – comme s'il lui communiquait un secret. Elle se dirigea vers la réception en passant devant de somptueux fauteuils vides. Linda – que la banalité de son prénom avait autrefois gênée – tendit sa carte de crédit quand on la lui demanda, apposa sa signature sur un morceau de papier et reçut deux clefs, l'une en plastique, l'autre d'une rassurante réalité, la clé métallique donnant accès au minibar, à un verre si nécessaire. Elle s'avança vers la rangée d'ascenseurs d'après les indications et remarqua, sur une table en acajou, un bouquet d'hortensias et de belles-de-jour aussi grand qu'un garçon de dix ans. Malgré le raffinement des lieux, la musique diffusée dans l'ascenseur était de mauvais goût et quelconque, et Linda se demanda comment on avait pu négliger ce genre de détail. Elle suivit des flèches le long d'un large couloir silencieux, construit à une époque où l'espace n'était pas un luxe. La lourde porte à panneaux blanche de sa chambre s'ouvrit avec un léger déclic sur une entrée qui se reflétait dans une glace, faisant apparemment office de bar, un salon avec des fenêtres généreusement tendues de rideaux, et des portes-fenêtres aux fins voilages qui donnaient sur une chambre plus grande que son propre salon. À cet instant, elle eut envie d'oublier le poids des obligations pour se laisser dorloter. Elle regarda les oreillers en toile ivoire posés sur l'énorme lit et pensa au gâchis que représentait le fait d'y dormir seul – elle qui aurait pu se contenter d'un petit lit dans une petite chambre, et qui ne considérait plus un lit comme un lieu où amour et sexe étaient donnés ou reçus. Son imperméable mouillé sur le dos, Linda s'assit en attendant que le chasseur lui apporte sa valise. Elle ferma les yeux et tenta de se détendre, activité pour laquelle elle n'avait aucun talent. Elle n'avait jamais pris de cours de yoga ou pratiqué la méditation, étant incapable de s'affranchir de l'idée que de telles stratégies constituaient une capitulation, l'aveu d'une incapacité à se confronter à l'enveloppe de la réalité, son ancien amour. Comme tourner le dos à un mari déconcerté, elle qui se montrait jadis si vorace. Elle alla ouvrir à un jeune chasseur et lui remit un bon pourboire pour compenser la taille ridicule de sa valise. Linda eut conscience d'être examinée, avec impartialité, simplement parce qu'elle était une femme pas encore tout à fait vieille. Elle alla tirer les rideaux, et la lumière pâle d'une journée pluvieuse ébranla l'obscurité de la chambre. Dehors, elle aperçut des immeubles aux contours estompés, le miroitement des rues ruisselant d'eau, un lac gris entre des gratte-ciel. Deux nuits d'hôtel. Peut-être dimanche matin saurait-elle le numéro de sa chambre sans avoir à le demander à la réception, comme elle avait souvent dû le faire. Linda était convaincue (contrairement aux réceptionnistes) que son état de confusion était le simple produit de la physique : elle devait réfléchir à trop de choses en trop peu de temps. Avait depuis longtemps accepté le fait d'avoir besoin de consacrer un temps fou à la réflexion (plus que les autres, d'après ses observations, ne semblaient en ressentir la nécessité ou l'envie). Et, des années durant, s'était plue à croire que son métier, son art, avait généré ce besoin, alors que c'était plutôt l'inverse. L'esprit recherchait et trouvait l'oeuvre, et l'insatisfaction se manifestait lorsqu'il en était incapable. Bien sûr, c'était de la frime, cet art. Linda ne pouvait donc s'empêcher d'approcher une estrade, n'importe quelle estrade, sans être la proie d'un léger dépit qu'elle ne réussissait jamais à cacher tout à fait, les épaules voûtées sous sa veste ou son chemisier, son regard ne rencontrant pas celui de l'auditoire, comme si les hommes et les femmes assis devant elle pouvaient la défier, l'accuser d'imposture – ce dont elle était la seule, en définitive, à se croire coupable. Il n'y avait rien de plus facile et de plus angoissant que de composer les longs poèmes narratifs que publiait son éditeur – facile car il ne s'agissait que de rêveries écrites à l'encre ; angoissant le moment où Linda revenait à elle (le téléphone sonnait, la chaudière se mettait en route au sous-sol), où elle regardait les mots sur le papier réglé bleu et voyait, pour la première fois, les images trompeuses, la manipulation et le jeu de mots fourbe, tout ce qui, lorsque la journée avait été bonne, trouvait grâce à ses yeux. Linda écrivait de la poésie accessible, lui avait-on dit, mot fabuleux et fallacieux capable de servir à la fois critiques cinglantes et éloges outrés ; elle ne pensait mériter ni les unes ni les autres. Son souhait le plus cher était d'écrire en gardant l'anonymat, bien qu'elle n'en parlât plus à ses éditeurs : cette suggestion, cette apparente ingratitude vis-à-vis de leur long (et pénible ?) investissement – lequel, après toutes ces années, finissait par payer – paraissaient quelque peu les blesser. Certains recueils se vendaient maintenant (l'un d'eux même très bien) pour des raisons que personne n'avait prévues ni ne semblait comprendre, ventes inespérées dues à ce phénomène indéfinissable et troublant : le bouche-à-oreille. Linda recouvrit le dessus-de-lit de chintz de ses affaires : sa valise olive (mince et souple) ; sa serviette avec ordinateur amovible (une nécessité pour les contrôles de sécurité) ; et son sac à main en microfibre avec ses huit compartiments où elle rangeait portable, carnet, stylo, permis de conduire, cartes de crédit, crème pour les mains, rouge à lèvres et lunettes de soleil. Son imper toujours sur le dos, Linda alla aux toilettes puis chercha l'étui de ses verres de contact afin de retirer les fabuleuses lentilles en plastique qui lui irritaient les yeux, lentilles souillées par l'air confiné de l'avion et la fumée d'un café d'aéroport, une escale de quatre heures à Dallas s'étant conclue par une capitulation devant une assiette de nachos et un Coca light. Filtrant à la surface, le soulagement que procuraient toujours les chambres d'hôtel commença à se faire sentir : un endroit où personne ne pouvait l'atteindre. [...]

Détails sur le produit

  • Reliure : Broché
  • 350  pages
  • Dimensions :  3.0cmx13.4cmx22.4cm
  • Poids : 399.2g
  • Editeur :   Belfond Paru le
  • Collection : Les étrangères
  • ISBN :  2714438296
  • EAN13 :  9782714438294
  • Classe Dewey :  813.54
  • Langue : Français

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Sans prononcer un mot, le portier donna à un chasseur la valise – bien peu adaptée à ce faste – comme s'il lui communiquait un secret. Elle se dirigea vers la réception en passant devant de somptueux fauteuils vides. Linda – que la banalité de son prénom avait autrefois gênée – tendit sa carte de crédit quand on la lui demanda, apposa sa signature sur un morceau de papier et reçut deux clefs, l'une en plastique, l'autre d'une rassurante réalité, la clé métallique donnant accès au minibar, à un verre si nécessaire. Elle s'avança vers la rangée d'ascenseurs d'après les indications et remarqua, sur une table en acajou, un bouquet d'hortensias et de belles-de-jour aussi grand qu'un garçon de dix ans. Malgré le raffinement des lieux, la musique diffusée dans l'ascenseur était de mauvais goût et quelconque, et Linda se demanda comment on avait pu négliger ce genre de détail. Elle suivit des flèches le long d'un large couloir silencieux, construit à une époque où l'espace n'était pas un luxe. La lourde porte à panneaux blanche de sa chambre s'ouvrit avec un léger déclic sur une entrée qui se reflétait dans une glace, faisant apparemment office de bar, un salon avec des fenêtres généreusement tendues de rideaux, et des portes-fenêtres aux fins voilages qui donnaient sur une chambre plus grande que son propre salon. À cet instant, elle eut envie d'oublier le poids des obligations pour se laisser dorloter. Elle regarda les oreillers en toile ivoire posés sur l'énorme lit et pensa au gâchis que représentait le fait d'y dormir seul – elle qui aurait pu se contenter d'un petit lit dans une petite chambre, et qui ne considérait plus un lit comme un lieu où amour et sexe étaient donnés ou reçus. Son imperméable mouillé sur le dos, Linda s'assit en attendant que le chasseur lui apporte sa valise. Elle ferma les yeux et tenta de se détendre, activité pour laquelle elle n'avait aucun talent. Elle n'avait jamais pris de cours de yoga ou pratiqué la méditation, étant incapable de s'affranchir de l'idée que de telles stratégies constituaient une capitulation, l'aveu d'une incapacité à se confronter à l'enveloppe de la réalité, son ancien amour. Comme tourner le dos à un mari déconcerté, elle qui se montrait jadis si vorace. Elle alla ouvrir à un jeune chasseur et lui remit un bon pourboire pour compenser la taille ridicule de sa valise. Linda eut conscience d'être examinée, avec impartialité, simplement parce qu'elle était une femme pas encore tout à fait vieille. Elle alla tirer les rideaux, et la lumière pâle d'une journée pluvieuse ébranla l'obscurité de la chambre. Dehors, elle aperçut des immeubles aux contours estompés, le miroitement des rues ruisselant d'eau, un lac gris entre des gratte-ciel. Deux nuits d'hôtel. Peut-être dimanche matin saurait-elle le numéro de sa chambre sans avoir à le demander à la réception, comme elle avait souvent dû le faire. Linda était convaincue (contrairement aux réceptionnistes) que son état de confusion était le simple produit de la physique : elle devait réfléchir à trop de choses en trop peu de temps. Avait depuis longtemps accepté le fait d'avoir besoin de consacrer un temps fou à la réflexion (plus que les autres, d'après ses observations, ne semblaient en ressentir la nécessité ou l'envie). Et, des années durant, s'était plue à croire que son métier, son art, avait généré ce besoin, alors que c'était plutôt l'inverse. L'esprit recherchait et trouvait l'oeuvre, et l'insatisfaction se manifestait lorsqu'il en était incapable. Bien sûr, c'était de la frime, cet art. Linda ne pouvait donc s'empêcher d'approcher une estrade, n'importe quelle estrade, sans être la proie d'un léger dépit qu'elle ne réussissait jamais à cacher tout à fait, les épaules voûtées sous sa veste ou son chemisier, son regard ne rencontrant pas celui de l'auditoire, comme si les hommes et les femmes assis devant elle pouvaient la défier, l'accuser d'imposture – ce dont elle était la seule, en définitive, à se croire coupable. Il n'y avait rien de plus facile et de plus angoissant que de composer les longs poèmes narratifs que publiait son éditeur – facile car il ne s'agissait que de rêveries écrites à l'encre ; angoissant le moment où Linda revenait à elle (le téléphone sonnait, la chaudière se mettait en route au sous-sol), où elle regardait les mots sur le papier réglé bleu et voyait, pour la première fois, les images trompeuses, la manipulation et le jeu de mots fourbe, tout ce qui, lorsque la journée avait été bonne, trouvait grâce à ses yeux. Linda écrivait de la poésie accessible, lui avait-on dit, mot fabuleux et fallacieux capable de servir à la fois critiques cinglantes et éloges outrés ; elle ne pensait mériter ni les unes ni les autres. Son souhait le plus cher était d'écrire en gardant l'anonymat, bien qu'elle n'en parlât plus à ses éditeurs : cette suggestion, cette apparente ingratitude vis-à-vis de leur long (et pénible ?) investissement – lequel, après toutes ces années, finissait par payer – paraissaient quelque peu les blesser. Certains recueils se vendaient maintenant (l'un d'eux même très bien) pour des raisons que personne n'avait prévues ni ne semblait comprendre, ventes inespérées dues à ce phénomène indéfinissable et troublant : le bouche-à-oreille. Linda recouvrit le dessus-de-lit de chintz de ses affaires : sa valise olive (mince et souple) ; sa serviette avec ordinateur amovible (une nécessité pour les contrôles de sécurité) ; et son sac à main en microfibre avec ses huit compartiments où elle rangeait portable, carnet, stylo, permis de conduire, cartes de crédit, crème pour les mains, rouge à lèvres et lunettes de soleil. Son imper toujours sur le dos, Linda alla aux toilettes puis chercha l'étui de ses verres de contact afin de retirer les fabuleuses lentilles en plastique qui lui irritaient les yeux, lentilles souillées par l'air confiné de l'avion et la fumée d'un café d'aéroport, une escale de quatre heures à Dallas s'étant conclue par une capitulation devant une assiette de nachos et un Coca light. Filtrant à la surface, le soulagement que procuraient toujours les chambres d'hôtel commença à se faire sentir : un endroit où personne ne pouvait l'atteindre. [...]