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L'ange de la dernière heure

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L'ange de la dernière heure

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Description de "L'ange de la dernière heure"

Sa mère sentit ses jambes se dérober, elle tomba à genoux sur la pierre froide. Derrière la double grille du parloir, de l'autre côté, ses traits d'enfant, purs et lumineux, venaient de disparaître. Son regard s'était évaporé. La séparation était accomplie. La voir encore, la toucher, la caresser, l'étreindre. Plus jamais. Je sais que tu es là je te ressens tu es au coeur de ma mémoire tu y reposes. Je sais maintenant où te retrouver il me suffira d'y penser et les souvenirs reviendront, intacts. Tu vivras en moi je suis ta chair je ne t'abandonne pas je vais ailleurs là où Il m'attend. Elle se releva, tourna le dos à l'acier. Des voix s'élevaient sous les voûtes de pierre. Elle marcha lentement pour garder la sensation de sa présence. Heureuse et malheureuse, des larmes de peine dans des larmes de joie. Elle lui avait donné tant d'amour, lui avait sacrifié sa vie de femme. Pourquoi perdait-elle aujourd'hui ce qu'elle avait de plus cher ? Pour qui ? Et maintenant, ne plus la voir, ne l'apercevoir que deux fois par an derrière ces grilles, deux fois seulement. Lumière au fond des ténèbres lueur incandescente Tu apparais enfin. Ton image Ton visage présent à présent. Au plus loin de moi je Te trouve m'abandonnant au silence pour mieux T'écouter T'obéir. Je Te donne mon corps afin de l'oublier. Je Te rends mon âme pour que Tu en disposes. Je ne suis plus personne puisqu'en Toi je repose. Le destin avait tranché dans les corps, inscrivant sa coupure dans l'air filtré de lumière qui devait séparer ces deux vies. Et pourtant une même boucle les réunissait. Avec Dieu, chacune à sa manière avait son rendez-vous. C'était dans un petit village de Haute-Saône, vingt-deux ans auparavant. Il était au petit séminaire et portait la soutane. Elle l'aima. Une fois. Juste avant l'Indochine. Deux années de lettres et une naissance. Au retour, l'avion qui le ramenait s'abîma dans l'océan. Jamais plus elle ne connut d'hommes. Leur enfant devint le centre de sa vie. Dans ma cellule pas une image. Rien ne peut venir fracturer l'espace entre nous. Je Te regarde je ne peux voir que Toi et pourtant me revient ce visage, cette présence jaunie par les ans. Sur le cadre sa médaille seul trésor de sa mort et son uniforme, unique impression vivante dans ma mémoire et le chant d'un adieu. Mes larmes versées pour lui que je ne connus jamais. La lourde porte s'était refermée sur le Cloître des Victimes. Le vent glacial et la bruine cinglaient ses joues, la forçant à revenir à elle. Comment tout cela était-il arrivé ? L'avait-elle perdue ? Fallait-il accepter ses paroles lui disant que c'était pour mieux la retrouver, alors que leurs corps étaient à jamais séparés ? Elle restait seule face à cette béance. Pourquoi cette fissure était-elle apparue sans qu'elle l'ait aperçue ? Ma vie est ici de toute éternité, je le sais. À tout instant chaque heure découpée au métronome sculpte et rythme mes pensées me tenant constamment ouverte disponible et abandonnée pour T'accueillir. Tu es seul à le savoir, je ne suis sûre de rien, si c'est juste si c'est vrai ou même réel. Je ne sais où ce choix me conduit et ce doute extraordinaire m'exalte et me jette hors de moi pour mieux Te rejoindre. Je suis tendue au bout de mes bras, offrande qui me fait vivre et T'aimer. Dans cette incertitude extrême où je suspends ma vie mon corps et mon âme, naît cette jubilation de tout T'abandonner, le reste, la certitude de ma vie et celle de ma mort pour les confier à l'inexplicable de Ta propre existence. Te suivre sur ce chemin qui ne mène nulle part peut-être et partageant Tes souffrances, pouvoir renaître un jour avec Toi. Les vingt années passées défilaient dans sa tête. Sa mémoire sans repères sillonnait ces centaines de jours comme les ressacs d'une tempête. Son enfant. Si douce et vivante, insouciante et gaie. Jeune fille lumineuse et déterminée, ses traits, ses rires, ses attitudes. La revoir, retrouver leurs instants. Comprendre ce qu'elle n'avait pas vu, les détails dont elle n'aurait pas mesuré la portée, les gestes, les expressions fugaces indiquant la trace d'une présence fantasmagorique, fantomatique, du mystère qui l'emporta. Lui reviennent ces images, douze ans auparavant. Sur la place, devant l'église, tout le village rassemblé bruissait de l'événement. Ils attendaient sa venue, là, derrière ces vallées, dans ce petit bout du monde où personne ne venait jamais. La nef était comble. Tout s'était figé dans un silence chuchoté, suspendu aux regards tournés vers le portail. Il entra. L'or, la pourpre et le blanc effaçaient son visage, l'habit le faisait disparaître, ne laissant dans l'allée qu'une présence céleste. Je me revois assise à l'extrémité d'un banc, près du choeur. Je n'avais jamais vu une telle foule et son silence m'effrayait. Ma tête tournée vers la rosace, je regardais les anamorphoses de lumière. Un murmure le précéda, je le vis avancer vers moi à contre jour. Son pas lourd faisait résonner l'abbatiale. Il s'approcha. Ma peur à cet instant disparut. Il me tendit la main. Je vis à son doigt l'améthyste et sans savoir pourquoi j'inclinai mon visage et embrassai la pierre. Reflétés dans ces éclats de mauve, deux yeux perçants me fixaient. Un sourire les effaça. Tout en moi apparut. Son geste m'était destiné. Ce même jour, parmi ceux venus de loin pour l'événement, un étranger s'approcha d'elles et leur parla. Sur la place, près du café, des regards furtifs cernaient le trio : l'étranger, la mère, la fille. Le lendemain, il n'était pas parti. Elle se souvint des paroles abruptes de son frère. Il revenait de l'auberge, titubant, comme à son habitude, sous son béret, flottant dans ce bleu de travail qu'il avait gardé des jours anciens passés à l'usine de coton. Elle éprouvait pour lui une tendresse fraternelle mêlée d'un respect profond pour l'homme blessé à la guerre de 14. « Je me fous de ton Dieu et du Général ! » C'était sa façon de dire bonjour. Puis il s'assit à califourchon sur une chaise, les bras croisés sur le dossier. Elle fixait, anxieuse, sa fille recroquevillée dans un coin, comme voulant disparaître. Sans prêter la moindre attention à cette présence, il enchaîna, sur le même ton : « T'as vu l'étranger ? Il est pas reparti ! Il est resté pour toi. Tu vas tout de même pas attendre comme ça cent sept ans, collée à ton fantôme ! » [...] --Ce texte fait référence à lédition Broché .

Détails sur le produit

  • Reliure : Broché
  • 146  pages
  • Dimensions :  1.2cmx12.2cmx17.2cm
  • Poids : 99.8g
  • Editeur :   Gallimard Paru le
  • Collection : Folio
  • ISBN :  2070304930
  • EAN13 :  9782070304936
  • Classe Dewey :  843.92
  • Langue : Français

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Et maintenant, ne plus la voir, ne l'apercevoir que deux fois par an derrière ces grilles, deux fois seulement. Lumière au fond des ténèbres lueur incandescente Tu apparais enfin. Ton image Ton visage présent à présent. Au plus loin de moi je Te trouve m'abandonnant au silence pour mieux T'écouter T'obéir. Je Te donne mon corps afin de l'oublier. Je Te rends mon âme pour que Tu en disposes. Je ne suis plus personne puisqu'en Toi je repose. Le destin avait tranché dans les corps, inscrivant sa coupure dans l'air filtré de lumière qui devait séparer ces deux vies. Et pourtant une même boucle les réunissait. Avec Dieu, chacune à sa manière avait son rendez-vous. C'était dans un petit village de Haute-Saône, vingt-deux ans auparavant. Il était au petit séminaire et portait la soutane. Elle l'aima. Une fois. Juste avant l'Indochine. Deux années de lettres et une naissance. Au retour, l'avion qui le ramenait s'abîma dans l'océan. Jamais plus elle ne connut d'hommes. Leur enfant devint le centre de sa vie. Dans ma cellule pas une image. Rien ne peut venir fracturer l'espace entre nous. Je Te regarde je ne peux voir que Toi et pourtant me revient ce visage, cette présence jaunie par les ans. Sur le cadre sa médaille seul trésor de sa mort et son uniforme, unique impression vivante dans ma mémoire et le chant d'un adieu. Mes larmes versées pour lui que je ne connus jamais. La lourde porte s'était refermée sur le Cloître des Victimes. Le vent glacial et la bruine cinglaient ses joues, la forçant à revenir à elle. Comment tout cela était-il arrivé ? L'avait-elle perdue ? Fallait-il accepter ses paroles lui disant que c'était pour mieux la retrouver, alors que leurs corps étaient à jamais séparés ? Elle restait seule face à cette béance. Pourquoi cette fissure était-elle apparue sans qu'elle l'ait aperçue ? Ma vie est ici de toute éternité, je le sais. À tout instant chaque heure découpée au métronome sculpte et rythme mes pensées me tenant constamment ouverte disponible et abandonnée pour T'accueillir. Tu es seul à le savoir, je ne suis sûre de rien, si c'est juste si c'est vrai ou même réel. Je ne sais où ce choix me conduit et ce doute extraordinaire m'exalte et me jette hors de moi pour mieux Te rejoindre. Je suis tendue au bout de mes bras, offrande qui me fait vivre et T'aimer. Dans cette incertitude extrême où je suspends ma vie mon corps et mon âme, naît cette jubilation de tout T'abandonner, le reste, la certitude de ma vie et celle de ma mort pour les confier à l'inexplicable de Ta propre existence. Te suivre sur ce chemin qui ne mène nulle part peut-être et partageant Tes souffrances, pouvoir renaître un jour avec Toi. Les vingt années passées défilaient dans sa tête. Sa mémoire sans repères sillonnait ces centaines de jours comme les ressacs d'une tempête. Son enfant. Si douce et vivante, insouciante et gaie. Jeune fille lumineuse et déterminée, ses traits, ses rires, ses attitudes. La revoir, retrouver leurs instants. Comprendre ce qu'elle n'avait pas vu, les détails dont elle n'aurait pas mesuré la portée, les gestes, les expressions fugaces indiquant la trace d'une présence fantasmagorique, fantomatique, du mystère qui l'emporta. Lui reviennent ces images, douze ans auparavant. Sur la place, devant l'église, tout le village rassemblé bruissait de l'événement. Ils attendaient sa venue, là, derrière ces vallées, dans ce petit bout du monde où personne ne venait jamais. La nef était comble. Tout s'était figé dans un silence chuchoté, suspendu aux regards tournés vers le portail. Il entra. L'or, la pourpre et le blanc effaçaient son visage, l'habit le faisait disparaître, ne laissant dans l'allée qu'une présence céleste. Je me revois assise à l'extrémité d'un banc, près du choeur. Je n'avais jamais vu une telle foule et son silence m'effrayait. Ma tête tournée vers la rosace, je regardais les anamorphoses de lumière. Un murmure le précéda, je le vis avancer vers moi à contre jour. Son pas lourd faisait résonner l'abbatiale. Il s'approcha. Ma peur à cet instant disparut. Il me tendit la main. Je vis à son doigt l'améthyste et sans savoir pourquoi j'inclinai mon visage et embrassai la pierre. Reflétés dans ces éclats de mauve, deux yeux perçants me fixaient. Un sourire les effaça. Tout en moi apparut. Son geste m'était destiné. Ce même jour, parmi ceux venus de loin pour l'événement, un étranger s'approcha d'elles et leur parla. Sur la place, près du café, des regards furtifs cernaient le trio : l'étranger, la mère, la fille. Le lendemain, il n'était pas parti. Elle se souvint des paroles abruptes de son frère. Il revenait de l'auberge, titubant, comme à son habitude, sous son béret, flottant dans ce bleu de travail qu'il avait gardé des jours anciens passés à l'usine de coton. Elle éprouvait pour lui une tendresse fraternelle mêlée d'un respect profond pour l'homme blessé à la guerre de 14. « Je me fous de ton Dieu et du Général ! » C'était sa façon de dire bonjour. Puis il s'assit à califourchon sur une chaise, les bras croisés sur le dossier. Elle fixait, anxieuse, sa fille recroquevillée dans un coin, comme voulant disparaître. Sans prêter la moindre attention à cette présence, il enchaîna, sur le même ton : « T'as vu l'étranger ? Il est pas reparti ! Il est resté pour toi. Tu vas tout de même pas attendre comme ça cent sept ans, collée à ton fantôme ! » [...] --Ce texte fait référence à lédition Broché .