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Les Mémoires du diable

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Description de "Les Mémoires du diable"

– Je volerai. Elle disparut, et le Diable, lâchant une immense bouffée de tabac, reprit, tandis que Luizzi restait stupéfait de cette naïve réponse : – Alors il s'assemblera douze hommes : d'abord un charcutier dont toutes les idées de morale se bornent à savoir qu'il ne faut pas que les passants décrochent sans payer les saucisses pendues à sa porte ; avec lui un maquignon qui a appris par expérience que c'est avec le fouet et les corrections qu'on soumet les animaux vicieux ; ajoutez-y un phrénologue, qui trouvera un chapitre concluant en faveur de la prédestination au vol dans l'action de cette enfant ; flanque-les d'un marchand de dragées qui sera ravi de dire, en rentrant, à sa petite fille qui a quatre ans et qui lui chipe des sucreries : « Si tu n'es pas sage, je te condamnerai à la prison comme la petite mendiante. » ; mets-y un avocat, qui a besoin d'éprouver s'il devinera juste l'application que la cour fera de la loi ; joins à tout cela un ou deux imbéciles qui pensent qu'ils doivent répondre en conscience oui ou non sur la réalité du fait, sans s'occuper de ce qui arrivera de leur réponse ; complète ton nombre par quatre ou cinq propriétaires ou négociants pressés de finir les affaires des assises pour retourner aux leurs ; dis à ces hommes qu'ils s'appellent jurés et qu'ils sont chargés du salut de la société, imagine-toi qu'avec un mot tu leur as donné les saines idées du juste et de l'injuste, et on condamnera cette enfant à la prison, c'est-à-dire au vice, pour la plus noble action que la reconnaissance ait jamais inspirée. – Mais cette enfant trouvera un avocat qui la défendra ? – Point d'argent, point d'avocat, mon maître. – La loi en donne un à tous les accusés. – Un avocat d'office, un débutant inexpérimenté, et le plus inexpérimenté de tous ; car s'il s'agissait d'un coupable qui eût empoisonné trois ou quatre personnes, d'une mère qui a tué ses enfants, d'un fils qui a égorgé son père, s'il s'agissait de quelque crime bien abominable, il y aurait queue à la porte du cachot pour obtenir du geôlier la défense d'une si belle cause. Mais un enfant qui volera du pain ou une paire de sabots ! qui veux-tu qui s'en occupe ? À défaut d'honoraires, quelle gloire cela rapportera-t-il ? Quelle affluence de belles dames et de curieux cela traînera-t-il à la cour d'assises ? Personne ne s'en occupera, mon maître, pas même toi, qui vas profiter du crime ! – Implacable railleur ! dit le baron, tu te crois bien fort parce que tu attaques quelques vices épars de l'organisation sociale : c'est un métier que vingt petits déclamateurs de l'école libérale ont fait mieux que toi ! – Et c'est un métier qu'ont tué vingt mauvais déclamateurs de l'école contraire, avec un mot. – Les principes dont tu te fais le défenseur étaient bien faibles, s'ils sont tombés devant un mot ! – Oh, c'est que ce mot est tout-puissant dans ton spirituel pays, monsieur le baron ! – Et quel est ce mot ? – C'est le mot VIEUX ! Criez à l'homme le plus en avant de son siècle : Hé ! voilà vingt ans que vous nous dites la même chose, c'est usé, c'est ennuyeux, vous rabâchez ; et celui que n'auraient pas pu faire taire les plus habiles, un fat le réduit au silence avec ce grand argument. C'est l'ultima ratio des sots. Vos arts, votre politique, votre philosophie, y sont soumis. Vingt ou trente ans de durée pour chaque école, voilà le maximum ; puis il en vient une nouvelle, et le plus souvent une vieille rajeunie, qui subira la même insultante proscription. Pour moi, spectateur éternel de cette exaltation et de ce mépris périodique des mêmes idées, ne crois-tu pas que j'en doive être singulièrement assommé ? – C'est l'effort d'une société qui veut se dégager de ses vieilles enveloppes et qui cherche une issue pour s'élancer, libre et ailée, dans un plus vaste espace. – Tu te trompes, c'est l'extrême effort d'un cacochyme qui veut retrouver la vie. Vieux peuple usé ! vous n'avez plus un seul de ces instincts primitifs qui mènent aux grandes découvertes et révèlent au génie les nouveaux mondes de l'intelligence. Sans cesse obsédés d'un désir de changement qui prouve le malaise où vous avez mis la société, vous rebâtissez votre vie décrépite avec les débris de tout ce que vous avez renversé ; vous refaites de la religion à nouveau avec le Christ aboli par l'Être suprême, de la philosophie spiritualiste à nouveau avec Malebranche tué par Voltaire, de l'aristocratie à nouveau avec une noblesse rasée par 93, de la peinture à nouveau avec la manière rococo honteusement expulsée par le romain David ; enfin, vous, les rois de la mode, vous empruntez votre architecture, vos meubles, vos modes, à l'architecture, aux meubles et aux modes des siècles conspués il y a vingt ans. Si vous laissez naître encore quelque idée forte, c'est pour en prendre la fleur et pour lui dire ensuite : « Tu es vieille et usée », lorsqu'elle est à peine majeure. Et vous vous croyez vigoureux au milieu de cette sénilité mal repeinte et mal mastiquée : peuple éreinté, véritable vieillard caduc, auquel il faut ou les jeunes enfants ou leur virginité avortée, ou les courtisanes surannées et leurs baisers enduits de plâtre et de vermillon. Pouah ! Et, avec cette dernière exclamation, le Diable jeta autour de lui un si prodigieux nuage de fumée rougeâtre et flamboyante, que Luizzi en recula d'épouvante. Le lendemain, les journaux du département du Loiret disaient qu'une immense clarté ayant paru à l'horizon, on avait d'abord craint l'incendie de quelque ferme, mais que les astronomes du lieu avaient facilement reconnu que cette lueur provenait d'une aurore boréale dont ils venaient d'expédier la description à l'Académie des sciences pour qu'elle pût l'enregistrer à la suite de toutes les aurores boréales observées jusqu'à ce moment.

Détails sur le produit

  • Reliure : Broché
  • 841  pages
  • Dimensions :  3.2cmx13.2cmx19.8cm
  • Poids : 580.6g
  • Editeur :   Robert Laffont Paru le
  • Collection : Bouquins
  • ISBN :  2221095456
  • EAN13 :  9782221095454
  • Classe Dewey :  843.7
  • Langue : Français

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– Je volerai. Elle disparut, et le Diable, lâchant une immense bouffée de tabac, reprit, tandis que Luizzi restait stupéfait de cette naïve réponse : – Alors il s'assemblera douze hommes : d'abord un charcutier dont toutes les idées de morale se bornent à savoir qu'il ne faut pas que les passants décrochent sans payer les saucisses pendues à sa porte ; avec lui un maquignon qui a appris par expérience que c'est avec le fouet et les corrections qu'on soumet les animaux vicieux ; ajoutez-y un phrénologue, qui trouvera un chapitre concluant en faveur de la prédestination au vol dans l'action de cette enfant ; flanque-les d'un marchand de dragées qui sera ravi de dire, en rentrant, à sa petite fille qui a quatre ans et qui lui chipe des sucreries : « Si tu n'es pas sage, je te condamnerai à la prison comme la petite mendiante. » ; mets-y un avocat, qui a besoin d'éprouver s'il devinera juste l'application que la cour fera de la loi ; joins à tout cela un ou deux imbéciles qui pensent qu'ils doivent répondre en conscience oui ou non sur la réalité du fait, sans s'occuper de ce qui arrivera de leur réponse ; complète ton nombre par quatre ou cinq propriétaires ou négociants pressés de finir les affaires des assises pour retourner aux leurs ; dis à ces hommes qu'ils s'appellent jurés et qu'ils sont chargés du salut de la société, imagine-toi qu'avec un mot tu leur as donné les saines idées du juste et de l'injuste, et on condamnera cette enfant à la prison, c'est-à-dire au vice, pour la plus noble action que la reconnaissance ait jamais inspirée. – Mais cette enfant trouvera un avocat qui la défendra ? – Point d'argent, point d'avocat, mon maître. – La loi en donne un à tous les accusés. – Un avocat d'office, un débutant inexpérimenté, et le plus inexpérimenté de tous ; car s'il s'agissait d'un coupable qui eût empoisonné trois ou quatre personnes, d'une mère qui a tué ses enfants, d'un fils qui a égorgé son père, s'il s'agissait de quelque crime bien abominable, il y aurait queue à la porte du cachot pour obtenir du geôlier la défense d'une si belle cause. Mais un enfant qui volera du pain ou une paire de sabots ! qui veux-tu qui s'en occupe ? À défaut d'honoraires, quelle gloire cela rapportera-t-il ? Quelle affluence de belles dames et de curieux cela traînera-t-il à la cour d'assises ? Personne ne s'en occupera, mon maître, pas même toi, qui vas profiter du crime ! – Implacable railleur ! dit le baron, tu te crois bien fort parce que tu attaques quelques vices épars de l'organisation sociale : c'est un métier que vingt petits déclamateurs de l'école libérale ont fait mieux que toi ! – Et c'est un métier qu'ont tué vingt mauvais déclamateurs de l'école contraire, avec un mot. – Les principes dont tu te fais le défenseur étaient bien faibles, s'ils sont tombés devant un mot ! – Oh, c'est que ce mot est tout-puissant dans ton spirituel pays, monsieur le baron ! – Et quel est ce mot ? – C'est le mot VIEUX ! Criez à l'homme le plus en avant de son siècle : Hé ! voilà vingt ans que vous nous dites la même chose, c'est usé, c'est ennuyeux, vous rabâchez ; et celui que n'auraient pas pu faire taire les plus habiles, un fat le réduit au silence avec ce grand argument. C'est l'ultima ratio des sots. Vos arts, votre politique, votre philosophie, y sont soumis. Vingt ou trente ans de durée pour chaque école, voilà le maximum ; puis il en vient une nouvelle, et le plus souvent une vieille rajeunie, qui subira la même insultante proscription. Pour moi, spectateur éternel de cette exaltation et de ce mépris périodique des mêmes idées, ne crois-tu pas que j'en doive être singulièrement assommé ? – C'est l'effort d'une société qui veut se dégager de ses vieilles enveloppes et qui cherche une issue pour s'élancer, libre et ailée, dans un plus vaste espace. – Tu te trompes, c'est l'extrême effort d'un cacochyme qui veut retrouver la vie. Vieux peuple usé ! vous n'avez plus un seul de ces instincts primitifs qui mènent aux grandes découvertes et révèlent au génie les nouveaux mondes de l'intelligence. Sans cesse obsédés d'un désir de changement qui prouve le malaise où vous avez mis la société, vous rebâtissez votre vie décrépite avec les débris de tout ce que vous avez renversé ; vous refaites de la religion à nouveau avec le Christ aboli par l'Être suprême, de la philosophie spiritualiste à nouveau avec Malebranche tué par Voltaire, de l'aristocratie à nouveau avec une noblesse rasée par 93, de la peinture à nouveau avec la manière rococo honteusement expulsée par le romain David ; enfin, vous, les rois de la mode, vous empruntez votre architecture, vos meubles, vos modes, à l'architecture, aux meubles et aux modes des siècles conspués il y a vingt ans. Si vous laissez naître encore quelque idée forte, c'est pour en prendre la fleur et pour lui dire ensuite : « Tu es vieille et usée », lorsqu'elle est à peine majeure. Et vous vous croyez vigoureux au milieu de cette sénilité mal repeinte et mal mastiquée : peuple éreinté, véritable vieillard caduc, auquel il faut ou les jeunes enfants ou leur virginité avortée, ou les courtisanes surannées et leurs baisers enduits de plâtre et de vermillon. Pouah ! Et, avec cette dernière exclamation, le Diable jeta autour de lui un si prodigieux nuage de fumée rougeâtre et flamboyante, que Luizzi en recula d'épouvante. Le lendemain, les journaux du département du Loiret disaient qu'une immense clarté ayant paru à l'horizon, on avait d'abord craint l'incendie de quelque ferme, mais que les astronomes du lieu avaient facilement reconnu que cette lueur provenait d'une aurore boréale dont ils venaient d'expédier la description à l'Académie des sciences pour qu'elle pût l'enregistrer à la suite de toutes les aurores boréales observées jusqu'à ce moment.